Depuis plusieurs mois, un nom circule dans les groupes Telegram et les forums d’investisseurs : Exaku Business Club. Présenté comme un "club privé" offrant formations, séminaires et opportunités de trading automatisé, il a déjà attiré plus de 1 500 personnes. Mais derrière le marketing soigné et les promesses de rendements spectaculaires, une enquête de six mois menée par le vidéaste Micode, publiée en juillet 2025, dresse un portrait bien différent. Entre infiltration, caméra cachée et accusations de système pyramidal, Exaku divise. Voici ce qu’il faut savoir avant d’y investir un euro.
Comment Exaku est-il structuré et qui le dirige ?
Exaku Business Club se présente comme un "business club" proposant plusieurs services : une offre d’abonnement appelée Exaku Connection, des Club Deals, une communauté privée, des formations et des séminaires animés notamment par Taylor Chiche. Le site vante également des solutions de trading automatisé baptisées Stark Trader et Stark Crypto, présentées comme des leviers pour générer des gains sur les marchés financiers.

Derrière cette vitrine, deux figures principales émergent : Kevin Valfin et Adrien Awenengo Dalberto. Le premier est également lié à une multitude d’autres entités (Globodai Group, From Easy to Simple, KB Invest, Fidelio app, Fractal Technology, The Koupon, entre autres), ce qui dessine un parcours entrepreneurial particulièrement dense et éclaté. La structure juridique d’Exaku ajoute à la confusion : le site appartient à Exaku Business Club LLC, enregistrée à Cheyenne, dans le Wyoming, à une adresse de domiciliation typique. Avant cela, le projet transitait par Okaiwa Ltd au Royaume-Uni. Ce type de montage, fréquent dans les structures opaques, complique toute traçabilité.
Quels sont les signaux d’alarme identifiés ?
L’enquête de Micode, diffusée le 30 juillet 2025, a mis au jour plusieurs pratiques inquiétantes. Après six mois d’infiltration sous un faux profil et avec caméra cachée, le vidéaste décrit un système qui s’apparente fortement à une arnaque pyramidale déguisée en réseau de marketing multiniveau (MLM).
Plusieurs éléments viennent étayer ce constat :
- Des promesses de rendement irréalistes : un produit présenté comme "Équivalent Livret A" avec un rendement de 33 % par an, ou encore un investissement en cryptomonnaie avec 300 % de cashback. Aucun placement financier légitime ne peut garantir de tels chiffres.
- Absence d’agrément : Exaku ne dispose d’aucun agrément de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) ou de l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution), alors qu’il commercialise des produits financiers auprès de clients français depuis Dubaï.
- Pression au recrutement : comme dans tout MLM, les membres sont incités à recruter leurs proches pour générer des commissions, une technique classique des systèmes pyramidaux.
- Un parallèle troublant avec Omegapro : plusieurs leaders d’Exaku sont d’anciens membres d’Omegapro, un système dont les fondateurs se sont enfuis avec 4 milliards de dollars, laissant des millions de victimes. Les documents juridiques, contrats et slides auraient été copiés-collés.
Depuis la publication de l’enquête, la réputation en ligne d’Exaku s’est dégradée. Sa note sur Trustpilot est tombée à 2,7 sur 5, et une page dédiée est apparue sur Signal Arnaque. Le site a également été inscrit sur une liste noire par des organismes de vigilance.
Quels sont les risques concrets pour les membres ?
Le modèle économique d’Exaku repose sur des mécanismes typiques des systèmes de type Ponzi : les gains des premiers entrants sont financés par les apports des nouveaux membres. Lorsque le flux de recrutement se tarit, le système s’effondre, et les derniers arrivés perdent tout.
Les solutions de trading automatisé Stark Trader et Stark Crypto sont un autre point d’inquiétude. Aucun système ne peut garantir des gains sur les marchés financiers, et les partenariats évoqués avec Binance, Coinbase ou TrioMarkets interrogent. TrioMarkets est régulièrement critiqué pour les pertes importantes subies par ses utilisateurs.
Enfin, la domiciliation à Cheyenne (Wyoming) et le passage par une société britannique avant cela compliquent toute action en justice pour des clients français. En cas de litige, il est quasi impossible de récupérer des fonds.

Exaku est-il un simple MLM ou une arnaque caractérisée ?
La frontière est mince. Beaucoup de réseaux de conseillers en gestion de patrimoine (CGP) utilisent aussi des techniques de vente et de recrutement proches du MLM, mais ils proposent des produits financiers réels et régulés. Ce n’est pas le cas d’Exaku.
Ce qui distingue une arnaque d’un simple business discutable, c’est la promesse de rendement sans risque et l’absence de produit sous-jacent viable. Exaku vend des abonnements, des formations et des séminaires, mais la valeur réelle de ces services reste floue. L’essentiel des gains promis provient du recrutement et de systèmes de trading dont la performance n’est pas démontrée.
Le parallèle avec Omegapro est édifiant : mêmes techniques, mêmes documents juridiques copiés, mêmes leaders recyclés. Dans les deux cas, le discours marketing masque une logique pyramidale où seuls les recruteurs du sommet tirent leur épingle du jeu.
Plus de 1 500 personnes ont déjà rejoint Exaku, attirées par des promesses de rendement à 33 % par an et 300 % de cashback en crypto. Aucun placement légitime ne peut garantir de tels chiffres.
Comment repérer les signes d’un système pyramidal avant d’investir ?
Pour ne pas tomber dans ce type de piège, quelques vérifications simples permettent d’éviter les mauvaises surprises :
- Vérifiez les agréments : un produit financier vendu en France doit être agréé par l’AMF ou l’ACPR. Un simple appel à leur service consommateurs ou une recherche sur leur site suffit.
- Méfiez-vous des rendements anormaux : un placement garanti sans risque à plus de 5-6 % par an n’existe pas. 33 % ou 300 % sont des signaux d’alerte immédiats.
- Regardez la structure juridique : une société domiciliée dans un paradis fiscal ou dans un État américain comme le Wyoming, sans présence réelle, est un drapeau rouge.
- Analysez le modèle économique : si la majorité des gains provient du recrutement plutôt que de la vente d’un produit ou service réel, il s’agit probablement d’un système pyramidal.
- Cherchez des retours d’expérience : consultez Trustpilot, Signal Arnaque, les forums comme Cayas ou les enquêtes de journalistes indépendants. Si la note est inférieure à 3/5 et que des témoignages de pertes existent, fuyez.
Que faire si vous êtes déjà membre ou si vous avez investi ?
Si vous avez rejoint Exaku et que vous commencez à douter, plusieurs options s’offrent à vous :
- Cessez immédiatement tout versement : ne renouvelez pas votre abonnement et n’investissez pas davantage.
- Signalez la plateforme : vous pouvez déposer un signalement sur Signal Arnaque, contacter l’AMF via son service ABEIS (Assistance aux victimes d’infractions), ou encore saisir la plateforme gouvernementale Info Escroqueries.
- Rassemblez les preuves : captures d’écran des promesses de rendement, relevés de compte, échanges avec les recruteurs. Ces éléments seront utiles en cas de procédure.
- Rejoignez un collectif de victimes : des forums comme Cayas ou des groupes dédiés permettent d’échanger et de mutualiser les démarches juridiques.
Dans le cas d’Exaku, l’absence d’agrément et la domiciliation à l’étranger compliquent les recours, mais ne les rendent pas impossibles. Plus tôt vous agissez, plus vous avez de chances de limiter les pertes.
La prudence est de mise : si une offre promet la liberté financière sans effort, avec des rendements mirobolants et un recrutement agressif, il y a de fortes chances qu’elle cache une arnaque. Exaku n’est peut-être pas un cas isolé, mais il illustre parfaitement les mécanismes qui ont déjà ruiné des milliers de personnes à travers le monde. Ne laissez pas l’espoir d’un gain rapide prendre le pas sur le bon sens.
