Pour étudier le vécu d’une formation, les pratiques d’un métier ou les besoins d’un public, un questionnaire fermé ne suffit pas toujours. Vous avez besoin de réponses développées, mais aussi d’un cadre commun pour comparer les entretiens. La méthode semi-directive répond à cet objectif : elle oriente l’échange autour de thèmes définis, tout en laissant la personne interrogée choisir ses mots et développer ce qu’elle juge important.
La qualité des résultats dépend autant de la préparation que de la conduite de l’entretien et de l’analyse qui suit. Il faut donc relier chaque question à la recherche, écouter sans suggérer les réponses, puis vérifier que les interprétations restent appuyées sur les propos recueillis.
Dans quels cas choisir cette méthode ?
L’entretien semi-directif est une méthode de recherche qualitative : elle sert à étudier les expériences, les interprétations, les pratiques ou les raisons qu’une personne donne à ses actes. Vous partez d’une question de recherche et de quelques thèmes à explorer, puis vous invitez chaque participant à raconter ce qu’il a vécu. Le format n’a pas pour but de mesurer une fréquence dans toute une population ni de vérifier des connaissances par un interrogatoire.
La méthode convient, par exemple, si vous cherchez à comprendre comment des adultes en reconversion choisissent une formation, ou comment des formateurs ajustent leurs séances aux difficultés rencontrées. Elle est moins adaptée si votre objectif principal consiste à calculer la part de personnes qui choisissent une option : un questionnaire quantitatif peut alors être plus pertinent. Pour explorer des pratiques liées à la formation, vous pouvez préciser le terrain et le public dans votre démarche d’éducation et de formation.
Le terme « semi-directif » décrit un équilibre : l’enquêteur donne une direction, mais ne dicte pas entièrement le discours. L’entretien n’est ni une discussion sans objectif ni une série de questions fermées posées dans un ordre rigide. Le chercheur conserve une posture réflexive, c’est-à-dire qu’il examine aussi la manière dont sa présence, ses attentes et ses formulations peuvent influencer l’échange.
Quels critères permettent de choisir entre les formats ?
Dans un entretien directif, les questions et leur ordre sont fixés à l’avance : ce cadre facilite la comparaison standardisée, mais laisse moins de place aux réponses inattendues. Dans un entretien non directif, la personne dispose d’une grande liberté à partir d’un thème de départ, tandis que l’enquêteur intervient peu. Le semi-directif se situe entre les deux : vous préparez des thèmes et des questions ouvertes, puis vous adaptez les relances à ce qui est dit.
Choisissez en fonction de la question étudiée, pas seulement de votre préférence. Si vous voulez recueillir un récit libre, une approche moins dirigée peut être appropriée. Si vous devez couvrir des sujets précis auprès de plusieurs personnes tout en approfondissant leurs réponses, le semi-directif offre un cadre commun sans imposer un questionnaire oral.
Comment construire un guide d’entretien utile ?
Commencez par écrire votre question de recherche en termes simples. Déclinez-la ensuite en thèmes, puis en questions ouvertes qui aideront la personne à raconter des faits ou à expliquer son point de vue. Le guide est un support pour l’enquêteur, pas un formulaire que le participant doit remplir.
Pour chaque thème, inscrivez une question principale, puis quelques relances possibles. Par exemple, pour étudier l’entrée en formation : « Pouvez-vous me raconter comment vous avez choisi cette formation ? » Vous pourrez ensuite demander : « Quelles options aviez-vous envisagées ? », « Qu’est-ce qui a pesé dans votre décision ? » ou « Vous souvenez-vous d’un moment où votre choix a changé ? » Ces formulations appellent un récit ou une explication, à la différence de questions qui suggèrent une réponse, comme « Vous avez choisi cette formation parce qu’elle était flexible, n’est-ce pas ? »
Organisez les thèmes dans un ordre qui facilite la conversation : commencez par le contexte et les faits concrets, puis abordez les interprétations ou les difficultés, avant de terminer par une ouverture. Ce déroulé est un exemple pratique, non une norme scientifique. Évitez les questions doubles, les termes spécialisés non expliqués et les formulations qui présupposent un problème. Testez le guide avec une personne comparable au public visé, si les conditions le permettent, puis reformulez les questions mal comprises. La ressource de l’équipe LEPCAM sur le recueil qualitatif rappelle l’importance de couvrir les thèmes sans interrompre ni orienter inutilement la personne.
Comment conduire l’échange sans diriger les réponses ?
Présentez le but de l’enquête, le déroulement envisagé, l’usage des informations et les conditions de confidentialité applicables à votre projet. Demandez l’accord nécessaire avant tout enregistrement. La durée dépend du sujet et du contexte : le guide du gouvernement britannique sur les études qualitatives indique que 20 minutes à une heure sont courantes, sans en faire une durée obligatoire. Vous pouvez retenir, à titre de simple exemple de planification, un créneau de 45 minutes et l’ajuster selon le terrain et la disponibilité des participants.
Pendant l’échange, laissez la personne terminer ses idées. Une relance neutre peut demander un exemple (« Que s’est-il passé ensuite ? »), une précision (« Que voulez-vous dire par “difficile” ? ») ou une clarification (« Quand vous dites “on”, à qui pensez-vous ? »). Évitez d’approuver certaines réponses plus que d’autres, de compléter les phrases à la place du participant ou de transformer une relance en conseil. Si un thème prévu n’est pas abordé, ramenez-le simplement dans la conversation. Le guide britannique recommande de préparer des questions ouvertes, de s’appuyer sur un plan d’entretien et de revoir les transcriptions rapidement après les échanges ; il évoque également des entretiens d’une durée variable selon le contexte dans sa méthode d’étude par entretiens qualitatifs.
Le nombre de questions dépend de leur complexité et des relances nécessaires. À titre d’exemple, vous pourriez préparer cinq thèmes et une ou deux questions principales pour chacun, mais ce choix n’est pas une règle méthodologique.
Comment analyser et vérifier les résultats ?
Après l’entretien, consignez rapidement les conditions de l’échange et vos premières observations : interruptions, hésitations importantes, thème inattendu ou difficulté de compréhension. Si vous disposez d’un enregistrement, vérifiez-le et transcrivez les passages nécessaires à l’analyse. Anonymisez les éléments qui permettraient d’identifier les participants lorsque votre protocole l’exige, et limitez l’accès aux fichiers selon les engagements pris.
Pour commencer une analyse thématique, relisez les matériaux en repérant les passages qui répondent à votre question. Attribuez-leur des codes courts, c’est-à-dire des étiquettes décrivant une idée, une pratique ou une expérience. Regroupez ensuite les codes proches en thèmes et comparez les cas : qu’est-ce qui revient, qu’est-ce qui diffère, et dans quelles conditions ? Un tableau de travail peut associer le thème, un extrait anonymisé, votre interprétation et les éléments qui la nuancent. Les thèmes ne doivent pas être simplement copiés des questions du guide : des sujets imprévus peuvent émerger, tandis que certains thèmes préparés peuvent ne rien apporter.
Vérifiez chaque interprétation en revenant aux propos exacts et en recherchant les éléments qui la contredisent. Distinguez clairement une observation (« plusieurs participants décrivent une difficulté à s’organiser ») d’une explication que vous proposez (« cette difficulté pourrait être liée aux horaires »). Ne transformez pas quelques témoignages en pourcentage représentatif sans méthode d’échantillonnage et de mesure appropriée. Enfin, documentez les limites de l’enquête : profils absents, recrutement, évolution du guide et effets possibles de votre position d’enquêteur. Cette traçabilité permet au lecteur d’évaluer comment vous êtes passé des échanges aux conclusions.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un entretien semi-directif et un questionnaire ?
Le questionnaire suit généralement des questions et des modalités de réponse prévues à l’avance, afin de recueillir des réponses comparables selon un format commun. L’entretien semi-directif s’appuie plutôt sur des questions ouvertes et des thèmes : leur ordre et les relances peuvent évoluer selon la conversation. Il produit des matériaux détaillés sur les expériences et les raisonnements, mais ne donne pas à lui seul des résultats représentatifs d’une population.
Combien de personnes faut-il interroger ?
Il n’existe pas de nombre universel valable pour toutes les enquêtes. Le besoin dépend de la question, de la diversité des profils pertinents, de la profondeur des entretiens et des moyens disponibles. Vous pouvez préciser dans votre protocole les profils recherchés et la manière dont vous déciderez de poursuivre ou d’arrêter le recrutement, par exemple en examinant si de nouveaux entretiens apportent encore des thèmes utiles.
Peut-on modifier le guide après les premiers entretiens ?
Oui, si les ajustements servent la question de recherche et sont consignés. Un essai peut révéler une question ambiguë, un thème oublié ou un ordre peu naturel. Si le guide évolue pendant l’enquête, notez ce qui a changé et à partir de quand. Cette trace aide à interpréter les différences entre entretiens et à expliquer la méthode dans la restitution.
Faut-il enregistrer et retranscrire les entretiens ?
Un enregistrement peut faciliter une analyse précise, mais demande l’accord de la personne et une gestion prudente des données. Des notes peuvent servir de solution de secours, même si elles ne conservent pas exactement les formulations. La transcription intégrale est utile lorsque les mots employés comptent pour l’analyse ; selon la question, des notes structurées ou une transcription partielle peuvent suffire, à condition d’expliquer votre choix.
